Édition du matin · samedi 12 septembre 2026 · LibrevilleEN DIRECT
Le Brief.
Économie

459,5 milliards d'arriérés : les créanciers de l'État ne sont pas égaux

Le Trésor rembourse rubis sur l'ongle ses créanciers internationaux, mais laisse s'accumuler les impayés envers les acteurs locaux.

L'État gabonais a remboursé en 2025 la somme record de 2 565,4 milliards de FCFA à ses créanciers, sans le moindre retard sur son eurobond londonien. Dans le même temps, 459,5 milliards de FCFA d'arriérés s'accumulent à l'intérieur du pays, révélant une hiérarchie de fait entre créanciers étrangers et créanciers domestiques.

Bâtiment administratif des finances publiques au Gabon
L'État distingue de fait ses créanciers étrangers, remboursés sans retard, de ses créanciers domestiques, en attente de paiement.

Un bon payeur… à l'étranger

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. En 2025, l'État a honoré 2 565,4 milliards de FCFA de remboursements, sans jamais faire attendre les détenteurs de son eurobond, cette dette obligataire émise sur les marchés internationaux. Aucun retard, aucun report : la signature du Gabon reste tenue à l'égard de ses bailleurs étrangers.

Cette ponctualité n'a rien d'anodin. Un défaut, même partiel, sur un eurobond dégraderait immédiatement la note souveraine du pays et renchérirait le coût de tout futur emprunt sur les marchés. L'État a donc tout intérêt à soigner cette catégorie de créanciers, largement composée d'investisseurs institutionnels internationaux.

Mais un mauvais payeur à domicile

À l'intérieur des frontières, le tableau change. Selon nos informations, 459,5 milliards de FCFA d'arriérés se sont accumulés envers d'autres créanciers : entreprises locales, fournisseurs de l'administration ou organismes publics. Cette dette intérieure impayée traduit une hiérarchie implicite des priorités budgétaires, où l'urgence extérieure prime sur les engagements domestiques.

Ce déséquilibre n'est pas propre au Gabon : de nombreux États en développement font face à la même tension entre crédibilité financière internationale et paiement des acteurs économiques nationaux. Mais son ampleur ici, plus de 459 milliards de FCFA, pèse directement sur la trésorerie des entreprises locales, parfois contraintes de réduire leurs investissements ou leurs effectifs faute d'être payées à temps.

Ce que ça change pour les Gabonais

Pour une PME sous-traitante de l'État ou un fournisseur régional, ces retards de paiement se traduisent concrètement par des difficultés de trésorerie, des emplois fragilisés et parfois des faillites. C'est l'économie réelle, celle qui emploie localement, qui absorbe le choc de cette hiérarchie des créanciers.

La question posée par ces chiffres est simple : comment concilier la nécessaire discipline vis-à-vis des marchés internationaux avec le paiement, tout aussi nécessaire, des acteurs économiques nationaux ? Un mécanisme clair d'apurement des arriérés intérieurs, avec calendrier et suivi, serait de nature à rassurer les opérateurs locaux et à limiter les effets en cascade sur l'emploi et l'investissement.

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